Soins de support en EHPAD : Comment les politiques publiques transforment l’accompagnement des résidents

10 mai 2026

Le terme “EHPAD” évoque pour beaucoup un lieu de vie où l’accompagnement médical et la sécurité sont prioritaires. Mais vivre en institution ne se résume pas à des protocoles : il s’agit aussi d’être entouré, compris, valorisé, même dans la vulnérabilité. Depuis plusieurs années, les politiques publiques françaises redéfinissent ce que sera demain la prise en charge globale en EHPAD, en favorisant l’accès à des soins de support jusqu’ici trop souvent absents ou méconnus.

Les soins de support regroupent toutes les approches qui viennent compléter les soins médicaux classiques : accompagnement psychologique, activités physiques adaptées, interventions de socio-esthétique, soutien nutritionnel, aide sociale, ateliers mémoire, musicothérapie, etc. En EHPAD, l’enjeu est double : soulager les symptômes liés aux pathologies chroniques, mais aussi préserver (ou restaurer) la qualité de vie des personnes âgées, préserver leur dignité, leur envie, leur autonomie.

  • Près de 600 000 personnes vivent actuellement en EHPAD en France. (Drees, 2023)
  • Près de 93 % des résidents présentent au moins deux pathologies chroniques. (CNSA, 2022)

On imagine aisément le potentiel du déploiement des soins de support, qui touchent autant l’aspect physique que psychique, social et existentiel.

Le virage politique en faveur des soins de support ne date pas d’hier, mais il s’amplifie nettement depuis la Loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale. Cette loi impose aux établissements un accompagnement personnalisé, intégrant bien-être et qualité de vie. Cependant, ce n’est vraiment qu’avec la Stratégie nationale de santé (2018-2022) que la notion de soins de support en EHPAD prend un relief inédit.

  • La circulaire DGCS/SD3A/2012/253 place la qualité de vie au centre de l’accompagnement en institution.
  • Le rapport Libault (2019) recommande d'intégrer les soins non médicamenteux dans les référentiels qualité des EHPAD.
  • Depuis 2021, la réforme de la tarification (“tarification SERAFIN-PH”) incite à financer les actions de soutien psychologique, de réautonomisation ou encore d’activités sociales innovantes.

La Haute Autorité de Santé (HAS) a, en 2021, publié un référentiel sur la qualité de vie en EHPAD structuré autour de la personnalisation de l’accompagnement et de l’intégration de dimensions psycho-sociales (source : HAS).

Les politiques publiques n’œuvrent pas qu’avec des lois ou des doctrines : elles agissent aussi par des dispositifs concrets.

Les appels à projets dédiés

Les Agences Régionales de Santé (ARS) lancent régulièrement des appels à projets pour soutenir des programmes de soins de support en EHPAD. En 2022, plus de 220 projets ont ainsi vu le jour dans le cadre de plans régionaux (ARS Île-de-France, ARS Occitanie…).

  • Financement de la musicothérapie pour les résidents atteints de troubles du comportement
  • Mise en place de séances de médiation animale
  • Création d’ateliers mémoire ou de groupes de parole pour les aidants

Le Plan “Bien vieillir” 2024

Dévoilé début 2024, ce plan prévoit une enveloppe supplémentaire de 300 millions d’euros sur cinq ans pour inciter les EHPAD à “se transformer en véritables lieux de vie”, avec une attention particulière aux ateliers bien-être, à l’accompagnement des souffrances psychiques, à l’ouverture sur l’extérieur et à la lutte contre l’isolement (Ministère des Solidarités, 2024).

Incitations réglementaires et réformes tarifaires

La réforme de la tarification, initiée en 2017 (“tarification à la qualité”), encourage les établissements à développer des actions innovantes. Depuis 2022, la note attribuée à chaque EHPAD dans le cadre du nouveau référentiel qualité prend en compte :

  • L’accès à une psychologue
  • L’organisation d’activités physiques adaptées
  • L’accès facilité à la diététique et à la socio-esthétique
  • Le soutien à la vie sociale (animation, prévention de la perte d’autonomie, ouverture intergénérationnelle)

Médiation animale : apaiser et stimuler

En Bretagne, un EHPAD public a pu, grâce à un soutien de l’ARS, intégrer sur six mois un programme de médiation animale. Résultat : la fréquence des épisodes anxieux et la consommation de psychotropes ont diminué de 17 % sur la période (source : ARS Bretagne, rapport 2023).

Soutien psychologique et groupes de parole

Depuis 2020, le recrutement de psychologues en EHPAD bénéficie d’un financement spécifique, dans le cadre de l’accord “Ségur de la Santé”. Fin 2023, 83 % des EHPAD disposaient d'un équivalent temps plein de psychologue (CNSA, chiffres 2023), contre 56 % en 2016.

Activité physique adaptée

Le programme national “Vivons en Forme” offre depuis 2021 un accompagnement à la mise en place d’activités physiques régulières, même en cas de grande dépendance. 200 EHPAD pilotes ont constaté une amélioration du score “GIR” (niveau d’autonomie) chez 37 % des participants après un an.

Partage d’expériences : au-delà des chiffres

  • En Nouvelle-Aquitaine, des ateliers de socio-esthétique soutenus par la Fondation de France permettent à des résidentes de retrouver confiance, estime de soi, et goût aux rencontres.
  • En Rhône-Alpes, des groupes de parole accompagnent la fin de vie et facilitent l’expression des peurs des familles et des résidents.

Même si la dynamique est réelle, l’égalité d’accès reste un défi majeur. Selon la Drees, 25 % des EHPAD n’offrent toujours pas de soins de support structurés faute de moyens ou par manque d’information sur les financements accessibles. Le défi est aussi territorial : certaines régions déploient de véritables “bouquets de services”, d’autres peinent à impulser des dynamiques innovantes.

Il existe également la question des ressources humaines : la formation des soignants à des approches complémentaires, ou la reconnaissance des métiers “non-soignants” (art-thérapeutes, psychologues, animateurs spécialisés), est encore trop hétérogène selon les structures.

La société évolue, les attentes des familles et des résidents aussi. Le Conseil National de la Refondation a récemment insisté sur la nécessité d’ouvrir davantage les EHPAD sur leur territoire : projets intergénérationnels, accueil d’ateliers ouverts à tous, partenariats avec des structures culturelles locales.

  • Accent sur la formation des professionnels de santé aux soins de support (plan de formation national annoncé pour 2024-2027)
  • Favoriser la participation active des résidents à l’élaboration de leur projet de vie au sein de l’établissement
  • Multiplier les partenariats entre EHPAD, associations, et collectivités territoriales
  • Encourager la dématérialisation pour faciliter l’accès à certains soins (téléconsultations psychologiques, séances d’activité physique a distance…)

Il est probable que le développement des soins de support en EHPAD soit de plus en plus perçu comme un critère non plus “optionnel”, mais central, gage de qualité et de respect de la personne. Le regard porté par la société sur la fin de vie évolue : vieillir en institution ne doit pas rimer avec résignation, mais être synonyme de nouveaux possibles, renforcés par une volonté politique claire et par l’engagement de tous les acteurs de terrain.