Les soins de support en cancérologie : que disent vraiment les recommandations officielles ?

21 septembre 2025

Saviez-vous que les soins de support ne sont pas un simple « plus », mais un pilier reconnu par les autorités de santé ? La définition officielle, stabilisée depuis 2005 par l’Institut National du Cancer (INCa), inclut « l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long des traitements, afin d’assurer la meilleure qualité de vie possible ». Autrement dit, cela va bien au-delà de la seule prise en charge des effets secondaires. Les soins de support englobent l’accompagnement psychologique, l’adaptation nutritionnelle, le soutien social, l’activité physique adaptée, les soins de bien-être, ou encore la préservation de la vie sociale et professionnelle (source : INCa, Guide Cancer et Soins de Support, 2022).

  • Périmètre : douleur, souffrance psychique, troubles nutritionnels, altération de l’image corporelle, problèmes sociaux, soutien familial, sexualité, conseils de vie quotidienne.
  • Bénéficiaires : patients, mais aussi proches aidants.
  • Durée : tout au long du parcours (diagnostic, traitement, suivi, voire rémission ou soins palliatifs).

La place des soins de support est affirmée par les textes de référence du système de santé français, en particulier depuis les Plans Cancer. Celui de 2014-2019 (Plan Cancer 3) a marqué un tournant, systématisant leur intégration dans tous les parcours de soins en cancérologie. Les établissements ont l’obligation de proposer une offre de soins de support coordonnée, adaptée à chaque situation (Décret n° 2005-1023). Ces obligations sont reprises et renforcées dans la Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, qui vise à réduire les inégalités d’accès et à systématiser l’évaluation des besoins.

  • Depuis 2010, tout établissement autorisé à traiter le cancer doit justifier d’une organisation collective de soins de support.
  • L’INCa édite chaque année des guides précisant la mise en œuvre (voir e-cancer.fr).
  • Plus de 1200 dispositifs spécialisés recensés en France (structures hospitalières, Plateformes d’Accompagnement et de Répit, réseaux d’appui…).

Depuis 2016, toute personne atteinte de cancer doit systématiquement se voir proposer un entretien d’évaluation des besoins en soins de support lors de l’annonce (source : Circulaire DHOS/INCa/2005/101). Cet entretien est un droit : il permet de repérer précocement les risques de dénutrition, détresse psychologique, précarisation sociale, isolement…

  • Nutrition : Environ 30 à 50 % des patients porteurs de cancer sont à risque de dénutrition (source : SFNEP, 2023), d’où l’insistance mise sur le repérage précoce et le suivi nutritionnel adapté (rendez-vous avec diététicien.ne, conseils personnalisés…).
  • Soutien psychologique : Jusqu’à 40 % des personnes touchées par un cancer traversent une dépression, anxiété ou stress post-traumatique (source : Baromètre Cancer INCa 2018).
  • Accompagnement social : Plus d’un patient sur quatre se retrouve en situation de fragilité financière ou administrative au cours des traitements (source : INCa, 2021).

L’un des points pivot des recommandations officielles : les soins de support ne peuvent exister qu’intégrés à une démarche de coordination. La prise en charge doit s’appuyer sur une équipe pluridisciplinaire (médecins, infirmiers, psychologues, diététiciens, assistant.e.s de service social, éducateurs d’activité physique adaptée…). Les réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) examinent la situation globale du patient, pour articuler traitements et soins de support.

  • Des Coordonnateurs de soins de support existent dans chaque établissement autorisé.
  • Des Parcours individualisés doivent être proposés.
  • Existence de fiches de liaison entre la ville et l’hôpital afin d’assurer la continuité de la prise en charge (exemple : Réseaux Onco, plateforme MonParcoursCancer).

Les textes officiels insistent sur la nécessaire actualisation de la liste des soins de support, en intégrant les avancées scientifiques et les besoins émergents des patients et de leurs proches. Ainsi, de nouveaux domaines s’intègrent au fil des ans : soutien à la reprise de travail, préservation de la fertilité, soins de réhabilitation, repérage des besoins des proches aidants, dispositifs d’éducation thérapeutique du patient (ETP).

  • Le nombre d’établissements proposant au moins 5 types de soins de support a doubé en 10 ans (INCa, Rapport d’activité 2022).
  • L’activité physique adaptée et les soins esthétiques figurent désormais dans la majorité des offres sectorisées.

Certaines régions innovent en déployant des plateformes « ressources soins de support » accessibles en ligne ou via les réseaux sociaux, pour élargir la portée de l’information au-delà des murs hospitaliers. Un exemple : la mise en place de cartes interactives régionales proposées par la Ligue contre le Cancer ou certains réseaux Onco.

Malgré des avancées majeures, les recommandations pointent des disparités persistantes devant l’accès aux soins de support. Les obstacles ? L’isolement géographique, le manque d’offres dans certains territoires, les freins d’ordre économique ou culturel. La stratégie nationale 2021-2030 cible clairement :

  • Systématisation de l’information aux patients, par tous les professionnels impliqués.
  • Déploiement de dispositifs mobiles et numériques pour toucher les zones rurales et périurbaines.
  • Soutien aux associations qui proposent des permanences en ville, au plus près des populations fragiles.

À ce sujet, une donnée marquante : en 2022, seuls 69 % des patients déclaraient avoir eu accès à au moins un soin de support en parallèle de leur traitement (Enquête Parcours Cancer, DREES/INCa), avec des écarts notables selon l’âge, l’origine sociale et la région d’habitation.

Les recommandations officielles ne se contentent pas de prescrire une offre de soin : elles rappellent le droit fondamental du patient à être informé, orienté et accompagné, quel que soit le stade de sa maladie. Les professionnels sont tenus d’informer systématiquement chaque patient sur l’existence des soins de support, de lui proposer un temps d’échange, et de lui remettre, lorsque cela est possible, un livret personnalisé (source : Charte de la personne hospitalisée, Code de la Santé Publique, Article L1111-2).

  • Participation du patient : Le patient est encouragé à devenir acteur de son parcours, à formuler ses besoins, ses priorités. L’approche centrée sur la personne s’impose comme la règle, non l’exception.
  • Droit au consentement éclairé : Chaque soin de support proposé doit faire l’objet d’un accord libre et informé.
  • Rôle des proches : Les textes reconnaissent la nécessité d’accompagner aussi les aidants familiaux, notamment via des dispositifs spécifiques (groupes de parole, aides ponctuelles à domicile…).

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir, de multiples ressources existent :

  • Institut National du Cancer (INCa) : Dossier Soins de support
  • Haute Autorité de Santé (HAS) – Recommandations par type de soins : has-sante.fr
  • Ligue contre le Cancer : Les soins de support
  • Fédération Unicancer – Répertoire des dispositifs :unicancer.fr
  • SFNEP (nutrition), SFAP (soins palliatifs), Psycho-Oncologie-France (psychologie)… selon les besoins.

Les soins de support, longtemps considérés comme accessoires, s’imposent désormais comme une dimension structurante du parcours de soin en cancérologie. Les chiffres l’attestent, les textes l’affirment : ces accompagnements relèvent du droit, et non du simple confort. Leur intégration globale, effective et équitable reste un défi, qui mobilise toutes les parties prenantes : professionnels, institutions, patients eux-mêmes. Informer, former, et soutenir leur développement permet, au-delà des chiffres, de replacer la vie – toute la vie – au cœur du parcours contre le cancer. Les efforts se poursuivent, sur le terrain et dans les travaux des institutions, pour que chaque patient puisse accéder, sans frein, à tout ce qui peut contribuer à son mieux-être.