Adapter les soins de support en oncologie : entre adolescence, vieillesse et accompagnement en EHPAD

9 septembre 2025

Les soins de support englobent tout ce qui complète les traitements contre le cancer pour préserver la qualité de vie : soutien psychologique, prise en charge de la douleur, accompagnement social, activités physiques adaptées, nutrition, aide dans la vie quotidienne, mais aussi soins de socio-esthétique ou d’art-thérapie. Leur efficacité repose sur la personnalisation. Les besoins d’un adolescent ne sont pas ceux d’une personne très âgée. Les modalités, la fréquence, et même la nature du soutien doivent évoluer.

Dans son rapport 2022, l’Institut National du Cancer (INCa) met en avant l’inégalité d’accès aux soins de support selon l’âge : moins d’un quart des jeunes patients accèdent à une prise en charge globale adaptée à leurs besoins spécifiques (source : INCa). Chez les plus âgés, seuls 27 % déclarent avoir bénéficié d’un bilan de fragilité à l’entrée dans le parcours de soins (source : Etude SIRIC Marseille).

En France, chaque année, près de 2100 adolescents et jeunes adultes (15-24 ans) reçoivent un diagnostic de cancer (source : INCa). La période de l’entre-deux — ni tout à fait enfants, ni tout à fait adultes — concentre des vulnérabilités psychologiques, sociales et parfois scolaires uniques.

Les enjeux majeurs :

  • L’isolement social : interruption des études, rupture du lien avec les pairs, sentiment d’exclusion.
  • Impact sur l’image corporelle : à un âge où l’on forge son identité, les traitements modifient profondément le rapport à soi.
  • Horizon professionnel, parentalité et avenir : les préoccupations concernant l’infertilité, l’insertion professionnelle ou les séquelles à long terme s’ajoutent au fardeau du cancer.

Quels accompagnements adaptés ?

  • Espaces Jeunes: De grands centres comme l’Institut Gustave Roussy ou le CHU de Toulouse proposent des « espaces jeunes », où psychologues, éducateurs spécialisés et animateurs organisent des ateliers, des activités physiques adaptées ou encore des ateliers d’expression (cordonnées souvent en partenariats avec des associations comme l’AFTER).
  • Groupes de parole dédiés : Ces groupes spécifiques, animés par des psychologues, permettent de partager une expérience propre à cette tranche d’âge, sans se sentir « en décalage » avec des adultes plus âgés.
  • Programme AJA (Adolescents et Jeunes Adultes) : mis en place dans plusieurs grands centres, ils coordonnent un suivi pluridisciplinaire avec diététiciens, kinésithérapeutes et oncopsychologues.
  • Soutien à la reprise des études ou au retour à l’emploi : des travailleurs sociaux accompagnent l’adaptation du parcours scolaire ou professionnel, de façon concertée avec les établissements et les entreprises.

Un chiffre qui parle : Plus de 65 % des jeunes patients interrogés par la Ligue contre le cancer se sentent insuffisamment informés sur leurs droits et les ressources que proposent les soins de support (source : Ligue contre le cancer, enquête Jeunes et cancer 2021).

Le cancer touche une population vieillissante : 60 % des nouveaux cas surviennent après 65 ans. Or, le parcours des patients âgés est trop souvent balisé par des pertes d’autonomie et des pathologies associées, qui modifient le vécu du traitement et la tolérance à la maladie.

Quels enjeux chez les seniors ?

  • Prévention de la perte d’autonomie : la chute et la dénutrition représentent deux des risques majeurs, trop peu anticipés hors d’un suivi gériatrique coordonné.
  • Risque de sous-traitement ou de sur-traitement : sans évaluation globale, certains patients âgés se voient prescrire des schémas thérapeutiques inadaptés.
  • Isolement social et impact sur la santé mentale : les proches étant parfois eux-mêmes âgés ou peu présents, la solitude s’installe et aggrave les difficultés psychologiques.

Des outils au service de la personnalisation

  • Oncogériatrie : la structuration d’équipes mixtes (gériatre, infirmier en soins de support, assistant social, diététicien, kinésithérapeute…) permet une évaluation globale du patient — fragilité, autonomie, cognition, comorbidités, projet de vie. La filière UNICANCER a généralisé ce modèle à l’ensemble des Centres de Lutte Contre le Cancer.
  • Plans personnalisés de soins : ils intègrent un bilan de fragilité systématique, des ateliers de prévention des chutes, ainsi que la coordination avec les interventions à domicile.
  • Ateliers prévention-santé : des associations comme Réseau ONCO PACA proposent des ateliers d’activité physique adaptée (APA) pour limiter la sarcopénie, de la stimulation cognitive, ou des séances collectives de nutrition.

Quelques chiffres : 67 % des patients de plus de 70 ans en parcours cancer présentent au moins deux pathologies associées (Société Francophone de Cancérologie Gériatrique). Après inclusion dans un parcours oncogériatrique, 80 % des patients bénéficient d’au moins un soin de support supplémentaire, contre 39 % hors filière coordonnée (source : ONCOGÉRIATRIE PACA).

Les résidents d’EHPAD forment une population particulièrement vulnérable, souvent polypathologique, et pour laquelle le maintien du sens et du plaisir dans le quotidien a autant de valeur que le traitement curatif. Néanmoins, trop souvent, l’accompagnement en soins de support manque de moyens ou d’organisation.

Freins structurels :

  • Manque de ressources humaines qualifiées : l’absence fréquente de psychologue, de kinésithérapeute ou de diététicien intégré à l’équipe rend l’application des recommandations difficile.
  • Peu d’accès aux soins non médicamenteux : massages, art-thérapie, socio-esthétique restent rares ou dépendent d’interventions extérieures ponctuelles.
  • Organisation des soins souvent axée sur les urgences et la médicalisation : la démarche palliative et d’accompagnement global ne s’impose pas naturellement.

Des démarches innovantes émergent

  • Des établissements s’appuient sur les dispositifs d’appui à la coordination (DAC) qui facilitent l’intervention de professionnels extérieurs (psychologues, ergothérapeutes, sophrologues).
  • Des ateliers collectifs de stimulation cognitive, de médiation animale ou d’activité physique adaptée s’intègrent à certains projets d’établissement, en partenariat avec des associations agrées.
  • Les Equipes Mobiles de Soins Palliatifs et de Support (EMSP) sont saisies désormais plus systématiquement lors d’un diagnostic de cancer, pour enrichir l’accompagnement global.

Une étude menée dans 12 EHPAD de la région Île-de-France montre que la mise en place d’un programme structuré de soins de support permet une amélioration de 38 % de l’échelle de confort et de bien-être rapportée par les résidents dans les 6 mois qui suivent le diagnostic (source : ARS Île-de-France, 2022).

L’un des freins majeurs reste la fragmentation de l’offre et le manque de coordination. L’enquête nationale de l’INCa révèle qu’en 2023, la moitié des patients (tous âges confondus) ne savent pas nommer un professionnel référent en soins de support. Les solutions émergent à plusieurs niveaux :

  • Création des plateformes territoriales d’appui (PTA) : elles centralisent les ressources locales, orientent vers des structures spécialisées et organisent l’intervention d’équipes mobiles à domicile ou en établissement.
  • Télémédecine et ateliers en visio : surtout post-covid, de nombreux ateliers de soutien psychologique, diététique ou d’activité physique sont accessibles en ligne, favorisant l’équité, notamment en zones rurales.
  • Dispositifs d’Education Thérapeutique du Patient (ETP) : après adaptation, ces programmes se déclinent en modules jeunesse, adulte, senior et peuvent intégrer proches et aidants.

Un fait marquant : la satisfaction à l’égard des soins de support est deux fois plus élevée lorsque les patients déclarent être informés sur toutes les ressources existantes dans leur territoire de soins (Baromètre Connaissance et Parcours Cancer, 2023).

La clé, quels que soient l’âge ou le lieu de vie, réside dans la capacité à s’informer, solliciter, et parfois réclamer les ressources dont on peut bénéficier. Il ne s’agit pas de “demander plus” mais de demander “mieux adapté à sa situation”.

  • Vous êtes un jeune adulte ? L’Association Adolescents & Jeunes Adultes et Cancer (AJA), la Ligue contre le Cancer et les principaux centres hospitaliers proposent des référents et ateliers dédiés.
  • Personne âgée ou proche aidant ? Le réseau OncoGeriatrie (via votre centre hospitalier ou sur le site UNICANCER) informe sur les consultations et bilans accessibles.
  • En EHPAD ? Le médecin coordonnateur, l'infirmier ou l’antenne des dispositifs d’appui territoriaux peuvent activer des ressources locales : intervention de psychologues, ateliers APA ou soins palliatifs précoces. Certains EHPAD collaborent avec France Alzheimer, France Parkinson ou France Assos Santé pour enrichir leur offre de soins de support.

L’intégration des soins de support continue de progresser, portée par la demande des patients eux-mêmes, de leurs proches et par l’engagement de nombreuses équipes. Le regard de la société change : le soin ne se limite plus à guérir ou prolonger la vie, mais à la rendre pleinement vivable à chaque âge et dans chaque contexte.

Sources : INCa, Ligue contre le Cancer, ONCOGÉRIATRIE PACA, ARS Île-de-France, Baromètre Connaissance et Parcours Cancer, Etude SIRIC Marseille, UNICANCER, Association AJA.