Comprendre et exercer ses droits sur les soins de support en oncologie : comment demander ou refuser ?

28 août 2025

En France, la définition des soins de support est claire : il s’agit de l’ensemble des soins et soutiens complémentaires nécessaires aux personnes malades, en parallèle des traitements spécifiques du cancer (Source : INCa). Cela peut inclure :

  • Le traitement de la douleur et des effets indésirables (nausées, troubles de l’appétit, angoisse...)
  • L’accompagnement nutritionnel et psychologique
  • L’aide sociale, familiale, professionnelle
  • Les soins socio-esthétiques, les activités physiques adaptées (APA)
  • La prise en compte de la vie privée, sexuelle, et des aspects existentiels

Chaque établissement de soins est tenu par la loi d’informer le patient de l’existence de ces ressources (Plan cancer 2014-2019, mesure 18). Pourtant, selon l’Observatoire sociétal des cancers 2022, 44% des patients déclarent ne pas avoir eu connaissance de toutes les aides de support disponibles au début de leur parcours. Ce chiffre, en hausse par rapport à 2015, montre un besoin d’informations mieux ciblées.

Oser demander un soin de support n’est pas toujours évident. Manque d’information, sentiment d’illégitimité, peur d’être « dérangeant »… Pourtant, c’est un droit, inscrit dans la Charte de la personne hospitalisée (Article 5), qui garantit à chacun l’accès à des soins adaptés à ses besoins.

Les interlocuteurs à solliciter

  • L’équipe médicale référente : oncologue, infirmier(e) de coordination (IDEC), médecin traitant.
  • Les espaces de rencontres et d’information (ERI), présents dans de nombreux centres de lutte contre le cancer ; ils orientent vers les dispositifs adaptés (UNICANCER).
  • L’assistante sociale, le psychologue hospitalier, le diététicien, etc. L’accès à ces professionnels est gratuit et ne requiert généralement pas de prescription médicale.

Il est utile de préparer ses questions ou ses besoins en amont d’une consultation, en s’appuyant éventuellement sur le carnet de suivi du patient (remis dans le cadre du dispositif d’annonce). Les associations de patients – comme la Ligue contre le cancer – proposent aussi des guides pour s’orienter.

Quand et comment formuler sa demande ?

  1. À l’annonce du diagnostic : le Dispositif d’Annonce est un temps clé où l’on doit présenter, en plus du traitement, les soutiens disponibles (Article L1161-1 du Code de la santé publique).
  2. En cours de traitement : À tout moment, la demande peut être faite oralement ou par écrit, auprès de l’un des professionnels impliqués. Aucun soin de support ne doit être imposé ; c’est à la personne de signaler ses besoins ou attentes.
  3. À la sortie d’hospitalisation : Le Plan Personnalisé de Soins (PPS) ou le programme personnalisé de l’après-cancer (PPAC) offre l’occasion d’ajuster les soutiens dans la durée.

D’après une étude de l’INCa publiée en 2021, près de 38% des demandes d’accompagnement psychologique ou social émanent directement des patients, sans sollicitation préalable de l’équipe médicale. Il est donc possible d’être acteur de ses choix, y compris en dehors des temps médicaux « classiques ».

La liberté de choix ne va jamais sans la liberté de refus. En France, le droit au refus de soin est garanti par le Code de la santé publique (Article L1111-4). Cela concerne aussi bien les traitements spécifiques du cancer que les soins de support. Le patient n’est jamais obligé d’accepter une proposition, qu’il s’agisse d’un entretien avec un psychologue, d’une activité physique adaptée, ou d’une démarche sociale.

Motifs fréquents de refus

  • Sentiment d’autonomie (« Je veux gérer seul(e) », « je n’en ressens pas le besoin »)
  • Peur de la stigmatisation (notamment pour l’accompagnement psychologique)
  • Méconnaissance des bénéfices réels (par exemple, l’intérêt de l’APA pour la fatigue ou le moral)
  • Disponibilité limitée : emploi du temps, éloignement géographique

En 2020, 1 patient sur 3 seulement participait à un atelier d’activité physique adaptée alors que 75% reconnaissaient en avoir entendu parler (Enquête Ligue contre le cancer/IPSOS). Ce décalage montre l’importance de respecter la temporalité et les attentes individuelles.

Modalités concrètes pour refuser

  • Refus oral : Lorsqu’un professionnel propose un soin de support, il suffit de manifester clairement son désaccord, sans avoir à se justifier.
  • Refus écrit : Il peut être formalisé à la demande du patient ou de l’équipe (rare en pratique), notamment pour le dossier médical.
  • Le refus ne vaut que pour l’instant : il est toujours possible de revenir sur sa décision, à tout moment du parcours.

Parfois, la personne malade n’est pas en mesure d’exprimer elle-même ses souhaits (fatigue importante, troubles cognitifs, etc.). Dans ce cas, la présence d’un proche aidant ou d’un représentant légal (tuteur, personne de confiance désignée par écrit) prend toute sa valeur.

  • La personne de confiance (article L1111-6 CSP) peut relayer les besoins ou les refus si le patient n’est plus en état de s’exprimer.
  • Le choix des soins doit toujours respecter la volonté présumée du malade, pour éviter toute décision contraire à ses valeurs.
  • Les proches ont aussi accès, avec l’accord du patient, aux informations sur les ressources disponibles.

À noter : la désignation d’une personne de confiance est encouragée dès le début du parcours. Elle peut être remise en cause ou modifiée quand le patient le souhaite.

Quelques repères et outils pour faciliter la demande ou le refus de soins de support durant le parcours :

  • Se renseigner sur les dispositifs locaux : Chaque établissement dispose d’un « référentiel de soins de support » (affichage, guide patient, site web). Les Espaces Ligue contre le cancer, la plateforme Soutien.santé-Ligue facilitent également la mise en relation.
  • Tenir à jour un carnet personnel, où noter ses questions, ressentis, demandes non formulées : cela aide à structurer l’échange lors des consultations.
  • Prendre RDV avec le référent soins de support de l’hôpital (ou qui peut être une IDE de coordination, un médecin spécialisé…), via le standard ou les accueils physiques.
  • Participer à des ateliers d’information ou des forums associatifs pour mieux cerner l’étendue de l’offre : ces événements sont accessibles dans la plupart des centres franciliens et régionaux (voir le répertoire Francim).
  • Oser dire « non » si la proposition ne correspond pas à ses attentes : le respect du choix de la personne est un principe fondamental.

Enfin, sachez que les équipes de soins de support sont formées pour aborder ces questions avec bienveillance. Selon le baromètre INCa 2023, 97% des patients ayant sollicité au moins un soin de support se déclarent satisfaits de la qualité de l’écoute, même en cas de refus partiel. L’expérience montre qu’une demande, même tardive, est toujours possible.

Il n’est pas simple de s’orienter dans la multiplicité des offres de soins de support, ni de s’autoriser à exprimer ses besoins ou ses réserves. Pourtant, demander ou refuser un accompagnement n’est jamais anodin : c’est participer pleinement à son parcours de soins, affirmer ses droits et ses préférences. Les ressources existent, parfois plus proches qu’on ne le pense. S’informer auprès des Espaces de Rencontres et d’Information, s’appuyer sur le soutien associatif, s’entourer d’une personne de confiance peuvent changer la donne, pour une prise en charge respectueuse et personnalisée.

De nombreux patients témoignent qu’ils auraient aimé « savoir plus tôt », ou « oser demander ». Ouvrir le dialogue, exprimer une demande ou un refus, c’est aussi cela, mieux vivre la traversée du cancer.

Sources principales :

  • Institut National du Cancer (INCa) – Soins de support (lien)
  • Observatoire sociétal des cancers (édition 2022)
  • Ligue contre le Cancer – Action Soins de Support
  • Article L1111-4, L1161-1, L1111-6 du Code de la santé publique
  • UNICANCER – Répertoire Espaces de Rencontres et d’Information