Mieux intégrer les soins de support : panorama des dispositifs au service des patients touchés par un cancer

24 août 2025

La reconnaissance officielle des soins de support date de 2005, avec l’introduction dans le Plan Cancer 2 (2009-2013) d’une définition claire : il s’agit de “l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie”. Depuis, les plans nationaux successifs ont renforcé leur intégration, jusqu’à en faire une obligation dans tous les établissements autorisés pour la cancérologie (INCa).

Concrètement :

  • La circulaire du ministère de la Santé de 2005 impose la présence d’une consultation d’annonce avec orientation possible vers des soins de support.
  • Le Plan Cancer 2014-2019 a érigé les soins de support en axe prioritaire, préconisant leur intégration systématique dans les projets d’établissement de santé.
  • Depuis 2018, l’évaluation régulière des besoins en soins de support est entrée dans le cahier des charges de la surveillance après cancer (HAS, 2018).

Ce socle réglementaire a ouvert la voie à la création de dispositifs spécifiques, dans les hôpitaux comme en ambulatoire.

L’intégration des soins de support commence le plus souvent à l’hôpital, dès le diagnostic. Plusieurs dispositifs phares apparaissent :

La consultation d’annonce, un tremplin essentiel

Dès le début du parcours, la “consultation d’annonce” offre un espace d’information et d’écoute. Elle doit permettre à chaque patient d’être orienté rapidement vers les soins de support appropriés, en fonction de ses besoins identifiés. Selon le rapport de l’Institut National du Cancer (INCa) de 2021, plus de 95 % des établissements dotés d’une autorisation en cancérologie proposent aujourd’hui cette consultation, qui fait office de point de départ dans le repérage des besoins psycho-sociaux et physiques (source : INCa).

La “Maison des Patients” et espaces ressources hospitaliers

De nombreux centres hospitaliers ont développé des lieux dédiés, situés dans l’enceinte même de l’hôpital, offrant un accès centralisé à des services variés :

  • Ateliers de gestion du stress (sophrologie, méditation, relaxation).
  • Consultations de diététique et conseils en activité physique adaptée.
  • Soutien psychologique individuel ou en groupe.
  • Soins socio-esthétiques, perruques et conseils en image.
  • Accompagnement social et juridique.

Ces structures, dites parfois “espaces de rencontres et d’information”, existent aujourd’hui dans 80 % des établissements référents (source : INCa). Elles proposent la gratuité et une certaine souplesse d’accès, souvent sans prescription médicale préalable.

L’hôpital de jour (HDJ) ne s’arrête pas à l’administration de traitements. De nombreux établissements le dotent d’une “offre globale de support”, où, sur une demi-journée, le patient rencontre différents intervenants. Certains centres proposent même un “parcours de soins de support” organisé sur plusieurs séances thématiques (nutrition, gestion de la douleur, sexualité, image de soi…), accessible à tous les patients atteints de cancer, indépendamment du type de cancer ou du stade.

A titre d’exemple, l’Institut Curie ou le Centre Léon Bérard à Lyon innovent avec une prise en charge multidisciplinaire coordonnée, offrant plus de 10 types de soins de support sur place. Les résultats sont encourageants : selon un rapport du Collectif Inter-associatif sur la Santé (CISS), ces parcours coordonnés diminuent de 25 % le taux d’interruptions non planifiées de traitements liés à des effets secondaires mal pris en charge.

Plus de 60 % du parcours post-traitement se déroule hors de l’hôpital. L’intégration des soins de support dépend alors de dispositifs territoriaux innovants.

Les réseaux de santé en cancérologie

Ces réseaux, nombreux sur le territoire (tel OncoPaca Corse, Réseau Onco Hauts-de-France…), réunissent professionnels hospitaliers, médecins de ville, infirmières, psychologues, pharmaciens, assistants sociaux, éducateurs d’activité physique adaptée, etc. Leur rôle : assurer la continuité et la coordination des soins, notamment sur les besoins de support après un retour à domicile. Certaines études montrent que leur intervention augmente de 30 % le recours aux soins de support pour les patients les plus isolés ou défavorisés (source : Fédération nationale des réseaux de santé).

Les plateformes territoriales d’appui (PTA) et dispositifs d’appui à la coordination (DAC)

Les PTA et DAC sont des dispositifs de coordination, déployés dans toutes les régions françaises, accessibles aux patients et aux professionnels via une simple demande. Leur mission : évaluer les besoins du patient, organiser le lien entre les acteurs (kinésithérapeutes, diététiciens, psychologues, aidants sociaux…), orienter vers les ressources disponibles localement, qu’elles soient associatives ou institutionnelles.

Les soins de support en ville : cabinets, associations, réseaux

  • De nombreux professionnels libéraux se sont formés : psychologues, diététiciens, kinésithérapeutes spécialisés en oncologie…
  • Les associations comme la Ligue contre le cancer disposent d’antennes proposant des séances de relaxation, de l’accompagnement social, des ateliers collectifs et individuels.
  • Les réseaux associatifs régionaux, tels que le réseau Odysséa ou RoseUp, agissent pour des publics spécifiques (femmes, jeunes adultes, cancers rares).

Si les dispositifs existent, encore faut-il que chaque patient puisse les repérer. C’est là qu’interviennent plusieurs solutions digitales et supports d’information :

  • Cartographies régionales des soins de support : déployées en particulier par l’INCa et certaines ARS, ces outils géolocalisent les ressources accessibles (voir carte “Les soins de support en cancérologie” sur e-cancer.fr).
  • Applications et plateformes d’orientation : MonParcoursCancer, OncoAide : des outils destinés à identifier et prendre rendez-vous avec des professionnels en ville ou dans les hôpitaux.
  • Fiches de liaison et outil “Mon Carnet de Suivi” : conçus par la HAS, ils permettent au patient d’indiquer les besoins repérés lors des consultations, et de garder trace de leur parcours de soins de support.

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins note cependant que 35 % des patients rapportent n’avoir “découvert l’existence” des soins de support que plusieurs mois après le début de leur traitement, faute d’une information précoce (Conseil National de l’Ordre des Médecins, synthèse 2023).

L’activité physique adaptée (APA) : des programmes toujours mieux intégrés

La prescription d’activité physique fait désormais partie intégrante du parcours de soins en cancérologie (loi de santé 2016). Des dispositifs tels que “Sport sur ordonnance” permettent un remboursement partiel dans certains territoires, avec des partenariats entre hôpitaux et associations sportives labellisées. Selon l’INCa, plus de 120 000 patients ont bénéficié d’un programme d’APA en 2022, contre 85 000 en 2020.

Prise en charge nutritionnelle : vers des parcours personnalisés

La dénutrition touche encore près de 40 % des patients traités pour un cancer selon l’INCa. Des dispositifs ont été mis en place dans de nombreux centres : consultations systématiques de diététique à l’entrée dans le parcours, ateliers cuisine, ou encore suivi à domicile via des plateformes telles que NutriCancer.

Pour les jeunes, les aidants, les patients “hors parcours”

  • Espace Adolescents Jeunes Adultes (AJA) : lieux dédiés au soutien global des jeunes, de 15 à 25 ans, avec offres sociales, éducatives, et de psychothérapie adaptée.
  • Dispositifs d’aide aux aidants : lignes dédiées, groupes de parole, formations, soutenus par des associations fédérées (France Assos Santé).
  • Champs du “hors parcours” : recherches en cours pour mieux rejoindre les patients éloignés du système de soins traditionnel, notamment à travers des interventions “d’aller-vers” portées par des associations, bus itinérants, permanences sociales dans les zones rurales.

Chaque dispositif présente des forces, mais aussi des défis à relever.

  • L’enjeu de la coordination : la circulation de l’information entre hôpitaux, médecine de ville, réseaux associatifs reste hétérogène, freinant parfois la fluidité du parcours.
  • La visibilité : centraliser et actualiser l’offre disponible, la rendre accessible au grand public mais aussi aux professionnels de santé.
  • La formation continue : multiplier les modules de formation et les temps d’échange sur les soins de support, pour tous les professionnels du soin, conditionne leur intégration dans les pratiques courantes.

C’est une dynamique collective qui permettra d’ancrer, partout et pour tous, l’évidence : les soins de support ne sont pas un supplément mais un pilier du parcours de soins en cancérologie, pour favoriser l’autonomie et la qualité de vie de chaque patient.