L’Assurance Maladie et les soins de support en oncologie : comprendre la prise en charge

29 septembre 2025

En France, l’INCa (Institut National du Cancer) définit les soins de support comme « l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie ». Cela englobe :

  • L’accompagnement psychologique
  • La prise en charge de la douleur
  • La nutrition et la diététique
  • L’activité physique adaptée (APA)
  • Les soins socio-esthétiques
  • La prise en charge sociale et familiale
  • L’accès à certains dispositifs d’aides spécifiques (par exemple : prothèses capillaires, soutien à l’arrêt de travail ou au retour à l’emploi, transport, etc.)

Les soins de support ne sont pas des « à-côtés », mais un complément incontournable des traitements principaux (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, etc.).

La reconnaissance institutionnelle des soins de support est récente. Ce n’est qu’en 2005 que la circulaire DHOS/CNAMTS précise leur intégration systématique dans le parcours de soins des patients atteints de cancer (INCa). Depuis, dans le Plan Cancer 2009-2013 puis 2014-2019, leur accès a été consolidé comme « standard de soin » en cancérologie. En 2022, les « nouvelles missions hospitalières » ont encore élargi le spectre des soins de support couverts dans les établissements autorisés à traiter le cancer (Ministère des Solidarités et de la Santé).

Pour les patients, ce socle permet de bénéficier d’un accès élargi à ces soins, à l’hôpital comme en ville, avec une prise en charge organisée par filière.

La prise en charge par l’Assurance Maladie dépend du lieu de réalisation du soin et du type de professionnel impliqué :

1. À l’hôpital : une palette de soins intégrés… et financés

  • Psychologue, diététicien, assistant social, kinésithérapeute, socio-esthéticienne : Ces professionnels interviennent couramment dans les établissements labellisés “cancer”, sans surcoût pour le patient (intégrés dans le « forfait soins » financé via la T2A*).
  • Ateliers collectifs (marché, art-thérapie, relaxation) : Souvent réalisés dans les espaces “soins de support”, ces ateliers sont majoritairement gratuits, car financés par le forfait hospitalier ou des fonds associatifs.
  • Prise en charge de la douleur : Les consultations spécialisées (médecin de la douleur, infirmier équipe mobile douleur) sont aussi inclues dans le parcours hospitalier, pris en charge à 100% dans le cadre de l’ALD pour cancer.

*T2A : La tarification à l’activité, mode de financement de l’hôpital public.

2. En ville : remboursements et dispositifs spécifiques

  • Soutien psychologique : Depuis avril 2022, les consultations auprès de psychologues libéraux sont remboursées sur prescription médicale, jusqu’à 8 séances par an (initialement pour l’ensemble des adultes, étendu aux enfants/adolescents ; source : Ameli.fr). Pour le cancer, la prescription de l’oncologue ou du médecin traitant suffit souvent à ouvrir ce droit.
  • Kiné et diététique : Les séances de kinésithérapie prescrites pour rééducation après chirurgie ou radiothérapie (ex. : lymphœdème post-cancer du sein) sont remboursées à 60% du tarif conventionné. Pour la diététique, seules les consultations réalisées par des médecins nutritionnistes sont remboursées par l’Assurance Maladie.
  • Prothèses capillaires et mammaires : Les dispositifs médicaux (perruques, soutien-gorge, manchons de contention) sont partiellement remboursés, suivant une liste officielle fixée par la Sécurité Sociale. Depuis avril 2019, le remboursement des perruques de classe 1 est intégral, une mesure qui a fait baisser le reste à charge de façon spectaculaire (INCa).

Le cancer figure parmi les « 30 ALD exonérantes » (dont le diabète, les maladies rares…). Cela signifie :

  • Prise en charge à 100% des soins et traitements en lien avec le cancer : consultations, examens, traitements, hospitalisations.
  • Accès simplifié aux professionnels de la chaîne de soins de support, si une prescription médicale est faite.

Selon la DREES (rapport 2023), sur les 4 millions de personnes en ALD en France, 18% sont suivies pour un cancer. On estime que 94% des patients traités pour un cancer bénéficient automatiquement du 100% ALD (DREES).

À noter : la mention ALD peut également inclure le remboursement des transports pour se rendre aux séances, si l’état de santé le justifie.

Remboursement des interventions associées

Certains soins associés font l’objet de dispositifs particuliers :

  • Onco-esthétique : À l’hôpital, les ateliers sont gratuits. En libéral, ils restent à la charge du patient, même si certaines complémentaires santé commencent à proposer des forfaits dédiés.
  • Activité physique adaptée (APA) : Certains hôpitaux proposent des programmes financés. Pour l’extérieur, expérimentations locales : l’Assurance Maladie et les ARS subventionnent depuis 2019 des « prescriptions sport sur ordonnance » dans plusieurs départements (ex. : dispositif « Prescri’Bouge » en Île-de-France, source : ARS IdF).
  • Aide à domicile et adaptation du logement : Si le cancer entraîne une perte d’autonomie temporaire, l’Assurance Maladie ouvre droit à des aides ménagères ou à l’intervention d’auxiliaires de vie, selon critères sociaux, via les caisses primaires.

L’Assurance Maladie continue d’intégrer de nouveaux actes liés au confort et à la qualité de vie dans son panier de soins remboursés :

  • Depuis 2019, remboursement de certains dispositifs médicaux connectés pour le suivi à domicile de patients sous chimiothérapie orale.
  • Expérimentation du remboursement de la télésurveillance en oncologie, avec le programme « Etapes » (DSS, 2023), afin de prévenir précocement les effets secondaires sévères.
  • Déploiement de la « pair-aidance » (accompagnement par d’anciens patients formés) dans certains centres, prise en charge par l’Assurance Maladie ou subvention ARS.

Si la base de remboursement de l’Assurance Maladie progresse, beaucoup de soins dits de support réalisés en dehors de l’hôpital ne sont encore que partiellement couverts. Les mutuelles peuvent, selon le contrat, intervenir sur :

  • Le reste à charge des prothèses capillaires/ mammaires/ manchons
  • Certains séances de psychologie ou de diététique libérales
  • Le transport assis ou en taxi conventionné s’il n’est pas intégralement pris en charge
  • Les séances d’activité physique supervisée ou ateliers bien-être

Par ailleurs, de nombreuses associations (La Ligue contre le Cancer, RoseUp, etc.) proposent un accès gratuit ou à coût réduit à des soins de support non couverts (socio-esthétique, acupuncture, groupes de parole, etc.). Le bénévolat et l’engagement associatif restent donc des piliers, en complément du socle assuré par le service public.

Pour bien couvrir ses besoins, il est recommandé de :

  • Relire les garanties de sa complémentaire santé ou demander un devis spécifique « cancer »
  • Se rapprocher du service social de l’hôpital ou des associations locales
  • S’informer sur les aides exceptionnelles pour les situations particulières ou précaires
  • Pensez à demander systématiquement la reconnaissance ALD auprès de votre médecin : elle ouvre l’accès à un très large éventail de soins de support sans avance de frais.
  • Lors de l’annonce du diagnostic, sollicitez le Plan Personnalisé de Soins (PPS) : il mentionne les besoins de support identifiés et facilite les demandes de prise en charge.
  • Demandez à rencontrer le Référent soins de support (parfois nommé « coordinateur ») dans votre centre : il connaît les dispositifs locaux, associatifs ou innovants.
  • Conservez les prescriptions de tous les actes « supports » : elles sont fréquemment demandées par l’Assurance Maladie pour activer les remboursements spéciaux.
  • Gardez un contact régulier avec le service social : il aide à débloquer certaines aides difficiles d’accès (CESU d’aide à domicile, fonds d’action sociale, etc.).

La prise en compte des soins de support par l’Assurance Maladie française évolue chaque année. Si la plupart des soins “historiques” sont aujourd’hui bien intégrés, de nouveaux champs (télésurveillance, pair-aidance, programmes d’activité physique aiguillée) commencent seulement à émerger. Beaucoup reste à faire, notamment pour garantir une prise en charge équitable sur tout le territoire et limiter le reste à charge en dehors de l’hôpital. Une veille active sur les dispositifs nouveaux et sur les offres associatives et mutualistes permet aux patients, comme à leurs proches, d’optimiser leurs droits et de mieux traverser la maladie.

Pour aller plus loin :