Soins de support et cancer : les nouvelles règles qui changent la prise en charge

7 octobre 2025

La notion de soins de support n’a été précisée officiellement que récemment. Selon l’Institut National du Cancer (INCa), ils englobent « l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie, conjointement aux traitements spécifiques, lorsqu’il y en a ». Il s’agit de :

  • La prise en charge de la douleur et des effets indésirables des traitements
  • L’accompagnement psychologique et social
  • La prise en compte de la nutrition, de l’activité physique adaptée
  • Les soins de support spécifiques : socio-esthétiques, soutien sexologique, aides pour la réinsertion, etc.

Ce cadre est le fruit d’un mouvement politique et législatif, mais aussi d’un militantisme associatif et professionnel qui a fait évoluer, pas à pas, l’accès à ces accompagnements.

L’ancrage légal des soins de support est relativement récent. Voici quelques jalons clés :

  1. Plan Cancer 2003-2007 : première apparition du mot « soins de support » dans une politique publique française. Il s’agit de dépasser le seul soin curatif pour intégrer la douleur, la nutrition, le soutien psycho-social.
  2. Loi n°2005-370 du 22 avril 2005 (dite Leonetti) : intègre la notion d’accompagnement, notamment à travers le droit à un soulagement de la souffrance et à des soins palliatifs. Les soins de support deviennent progressivement incontournables dans tous les parcours de soins du cancer.
  3. Plan Cancer 2009-2013 puis 2014-2019 : renforce la structuration des soins de support, leur pilotage par l’INCa et leur intégration dans les référentiels.
  4. Rapport IGAS 2017 : pointe les inégalités territoriales flagrantes et encourage une sécurisation juridique de l’offre de soins de support.
  5. Circulaire DHOS/INCa du 22 février 2005, actualisée en 2016 : impose la présence d’une équipe pluridisciplinaire (psychologue, diététicien, assistant social, etc.) au sein des établissements autorisés à traiter le cancer.

Ces jalons se conjuguent à des recommandations en évolution constante : celles de sociétés savantes, mais aussi de l’INCa ou de la Haute Autorité de Santé (HAS).

Une montée en puissance des obligations réglementaires

  • Depuis 2016, tout établissement souhaitant la « double autorisation en cancérologie » doit garantir un accès continu aux soins de support de base (au minima : accompagnement psychologique, diététique, rééducation, gestion de la douleur, aide sociale — selon la loi de modernisation du système de santé).
  • L’astreinte douleur (2022) : en réponse à la loi Rist, des établissements doivent désormais assurer une astreinte permanente pour la gestion de la douleur, renforçant le rôle pivot des soins de support.

Des recommandations enrichies et élargies

  • Actualisation des référentiels INCa (rapport 2022) : extension des soins de support recommandés à des champs longtemps méconnus (soutien sexologique, socio-esthétique, soins dentaires…).
  • Prise en compte accrue de la pair-aidance : les dernières préconisations insistent sur le droit pour chaque patient d’accéder à des groupes de parole et à des dispositifs de soutien par des ex-patients formés (source : INCa, e-cancer.fr).

La France se distingue ainsi au niveau européen par un encadrement écrit, avec de nombreuses obligations qui dépassent souvent le stade de la simple incitation.

Le cadre légal vise aussi à harmoniser l’expérience des patients sur le territoire, mais des écarts significatifs persistent :

  • En 2023, près de 40% des patients déclaraient manquer d’information sur leurs droits en matière de soins de support (source : Ligue contre le Cancer, enquête baromètre 2023).
  • La proportion d’établissements proposant un accès systématique à un psychologue spécialisé est passée de 62% en 2017 à 85% en 2022 (Indicateurs INCa), mais certains départements restent faiblement dotés.

Pour lutter contre ces inégalités, trois avancées légales majeures :

  1. Obligation d’information : le code de la santé publique impose désormais l’information systématique sur les dispositifs existants lors de l’annonce du diagnostic et des points-clés du parcours (consultation d’annonce, synthèse de sortie, accord d’un traitement lourd).
  2. Répertoire départemental : chaque ARS doit mettre à jour un annuaire public des ressources de soins de support, consultable par tous (Projet de loi santé 2021).
  3. Prise en charge financière : si la Sécurité sociale couvre certains soins (psychologue en service hospitalier, diététique…), de plus en plus de mutuelles remboursent ou proposent des forfaits pour des soins complémentaires comme la socio-esthétique ou la sophrologie (cf. enquête Mutualité Française 2022).

La reconnaissance de nouvelles disciplines

  • L’élargissement du périmètre des soins de support pousse à une définition légale en constante évolution : activités physiques adaptées (APA) intégrées dans la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, développement des soins autour de la santé sexuelle ou de la chronicité du cancer.
  • La place croissante de la santé mentale, mise en relief par la crise Covid-19, amène à davantage formaliser l’accès à un accompagnement psychologique de qualité, y compris hors de l’hôpital.

La formation et la qualité de l’offre : nouveaux standards en préparation

  • En 2023, on comptait seulement 1,9 psychologues pour 100 lits d’oncologie adulte en moyenne en France, contre 2,4 préconisés par l’INCa (source : Atlas INCa 2023). La question de la formation, du recrutement et du financement reste cruciale, d’autant plus que la demande augmente fortement chez les jeunes adultes touchés par un cancer.
  • Le déploiement en 2024 du « passport soins de support » (expérimentation en cours dans 6 régions : Occitanie, Auvergne Rhône-Alpes, Grand Est…) vise à garantir un suivi du recours aux soins de support, et à tracer leur adéquation avec les besoins réels du patient. Ce projet, s’il est généralisé, constituerait un tournant pour la sécurité, la coordination et l’équité d’accès.

Un rôle renforcé pour les patients eux-mêmes

  • Le cadre juridique actuel responsabilise de plus en plus les établissements à co-construire — avec les patients et les aidants — le parcours de soins de support : groupes d’expression, questionnaires de satisfaction intégrés au dossier patient, implication des usagers dans les commissions de certification ou d’évaluation.
  • Nouveaux droits pour les aidants proches, avec des expérimentations (Loi relative à la décentralisation de la santé 2022) pour la prise en charge de la fatigue, du soutien psychologique ou de l’accompagnement dans les démarches sociales.

La voie engagée est résolument celle de l’ouverture et de la co-construction avec les patients. La définition du « bon soin de support » se transforme : il ne s’agit plus seulement de proposer, mais de garantir à chacun — selon ses besoins — un accès réel et adapté à des accompagnements variés et de qualité. Enraciné dans la loi, diffusé via de nouveaux outils numériques, adossé à des réseaux associatifs dynamiques, le cadre légal des soins de support reflète un engagement sociétal grandissant contre les conséquences du cancer. Le prochain cap se jouera probablement dans une meilleure personnalisation, une harmonisation entre territoires, et une reconnaissance officielle de nouveaux acteurs du soutien — gage de dignité et de mieux-être pour toutes celles et ceux concernés par la maladie.