Comprendre l’accès et le financement des soins de support en EHPAD : repères pour mieux accompagner les résidents

24 avril 2026

Lorsque l’on évoque les soins de support en EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes), il s’agit de l’ensemble des accompagnements complémentaires au traitement médical ou à l’aide quotidienne. Leur objectif : améliorer la qualité de vie, préserver l’autonomie et répondre aux besoins physiques, psychiques et sociaux des résidents. Ces soins englobent, par exemple, la prise en charge de la douleur, le soutien psychologique, la diététique, la rééducation, l’activité physique adaptée, mais aussi la socio-esthétique ou l’accompagnement spirituel.

La Haute Autorité de Santé rappelle que « le soin de support vise à garantir la meilleure qualité de vie possible à la personne âgée, dans le respect de ses choix et de sa dignité » (HAS, 2021). Pourtant, leur accès suscite de nombreuses questions pour les proches et les familles : qui y a droit ? Comment les obtenir ? Sont-ils systématiquement proposés ? Et surtout, comment sont-ils financés ?

La grande majorité des résidents d’un EHPAD peuvent bénéficier des soins de support. Cela concerne :

  • Toutes les personnes hébergées en EHPAD, qu’elles soient en séjour permanent ou temporaire.
  • Les personnes ayant besoin de soutien face à une maladie chronique (cancer, démence, insuffisance cardiaque…)
  • Les résidents en situation de perte d’autonomie psychique, physique ou sociale.

En 2023, d’après la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), 61% des résidents en EHPAD souffrent de troubles cognitifs et plus de 80% prennent quotidiennement au moins trois traitements médicamenteux (Drees, études et résultats n°1238, 2023). Le recours aux soins de support y est donc primordial pour préserver du mieux possible la qualité de vie.

Cependant, l’effectivité de cette prise en charge varie encore largement selon les établissements, selon leurs moyens : présence ou non de psychologues, de kinésithérapeutes, de diététiciens, de professionnels du bien-être, existence de partenariats extérieurs…

La palette des soins de support disponibles en EHPAD s’articule autour de plusieurs axes :

  • Prise en charge de la douleur et soins palliatifs Les EHPAD sont tenus de mettre en place une politique de gestion de la douleur basée sur des référentiels nationaux (circulaire interministérielle n°DGCS/SD3A/DGS/MC1/2015/377). Des protocoles sont institués afin de garantir l’accès aux traitements antalgiques, mais aussi au confort (positionnement, massages, relaxation…).
  • Soutien psychologique et social Nombre d’EHPAD emploient ou interviennent avec des psychologues pour permettre aux résidents et parfois à leurs proches de bénéficier d’un accompagnement individuel ou de groupes de parole.
  • Ateliers d’activité physique adaptée et de rééducation Les séances avec les kinésithérapeutes, ergothérapeutes ou psychomotriciens sont fréquentes et aident à limiter la perte d’autonomie.
  • Soins nutritionnels Pour prévenir ou compenser le risque de dénutrition, la surveillance diététique et l’élaboration de menus adaptés font partie intégrante des soins de support.
  • Socio-esthétique et interventions bien-être Certaines structures accueillent des socio-esthéticiennes, réflexologues, art-thérapeutes ou musiciens : des interventions bénéfiques sur le moral des résidents.
  • Accompagnement spirituel ou religieux sur demande

Selon le rapport HAS 2021, 25% seulement des EHPAD disposent d’un accès structuré à un dispositif de soins palliatifs – ce qui démontre l’inégalité importante selon les territoires et les ressources de chaque établissement.

L’accès aux soins de support en EHPAD peut être direct ou nécessiter des démarches spécifiques :

  • Soins inclus dans le projet de vie personnalisé Au moment de l’admission en EHPAD, il est essentiel que le projet de vie du résident intègre ses besoins en termes de soins de support : évaluation de sa douleur, de son état nutritionnel, de son besoin d’accompagnement psychologique, etc.
  • Demande du résident, des proches ou de l’équipe médicale Toute personne peut solliciter, à tout moment, une intervention particulière : consultation psychologique, séance de relaxation, visite d’un aumônier…
  • Prescription médicale Certains soins de support (kinésithérapie, diététique, prise en charge psychologique) nécessitent une prescription médicale, généralement assurée par le médecin coordonnateur de l’EHPAD ou le médecin traitant.
  • Partenariats externes Si l’EHPAD ne dispose pas de certains professionnels en interne, il peut établir des partenariats avec des associations ou structures extérieures (équipes mobiles de soins palliatifs, associations d’art-thérapeutes, etc.).

L’information des familles et des proches reste primordiale pour garantir l’accès à ces soins : il n’est pas rare que certains droits ou activités existent sans être connus de tous.

La question du coût et du financement des soins de support en EHPAD est centrale. Trois principales sources financent la prise en charge en EHPAD (source : service-public.fr, Solidarités-Santé) :

  1. Le forfait soins: couvert par l’Assurance Maladie, il prend en charge les soins médicaux et paramédicaux nécessaires à la vie quotidienne du résident – y compris ceux de support, dès lors qu’ils sont inclus dans le projet de soins de l’EHPAD. Ce forfait finance principalement :
    • Les interventions des infirmiers et aides-soignants
    • Les actes de kinésithérapie, d’ergothérapie, de psychologie, de diététique (s’ils sont salariés par l’EHPAD ou intervenant sous convention)
    • Les médicaments, dispositifs médicaux et matériel de soins
  2. Le forfait dépendance: financé en partie par l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), il couvre l’accompagnement pour les actes essentiels de la vie, mais ne finance PAS directement les soins médicaux de support, sauf s’ils sont liés à la dépendance (ex : rééducation).
  3. Le forfait hébergement: à la charge du résident (ou de sa famille), il comprend l’hébergement, l’alimentation, l’animation et certains ateliers bien-être si non médicalisés.

Dans la réalité, ce découpage se traduit ainsi :

Type de soin de support Financement À la charge
Kinésithérapie, psychologue, diététicien salarié Forfait soins (Sécurité sociale via l’EHPAD) Pris en charge
Intervenant extérieur (ex : art-thérapeute indépendant) Souvent activités d’animation (forfait hébergement) ou prestations payantes Parfois facturé en sus
Socio-esthétique, réflexologie, ateliers de bien-être sans visée médicale Forfait hébergement ou projet associatif/don Selon l’EHPAD
Soins palliatifs, équipe mobile externe Financement ARS et Mission Soins Palliatifs Pris en charge

Outre l’assurance maladie, d’autres solutions peuvent être mobilisées :

  • Associations et fondations Plusieurs associations proposent des interventions gratuites ou partiellement financées : intervention de socio-esthéticiennes (Socio-Esthétique France), ateliers bien-être (France Alzheimer), groupes de parole via des plateformes de répit…
  • Subventions régionales ou ARS (Agence Régionale de Santé) Certaines activités innovantes peuvent être financées via des appels à projet (spectacles, médiation animale, art-thérapie…).
  • Certains organismes complémentaires santé Une aide ponctuelle peut être demandée pour financer des séances enrichissant le parcours de soin du résident.

À noter : d’après le rapport IGAS 2022, 40% des EHPAD ne proposent toujours pas d’intervention régulière de professionnel du soutien psychologique, faute de financement dédié ou de disponibilité (IGAS, 2022).

Si l’encadrement législatif existe et que la volonté de développer les soins de support en EHPAD progresse, la réalité du terrain reste contrastée. Les principaux freins rencontrés sont :

  • L’insuffisance de professionnels spécialisés (psychologues, art-thérapeutes, diététiciens…)
  • Des budgets serrés qui conduisent à faire des arbitrages entre priorités de soins et « animation »
  • Un manque d’harmonisation dans l’offre selon les régions
  • Un besoin accru d’information auprès des familles sur les droits existants

L’Assurance maladie, de son côté, expérimente localement de nouveaux financements ou conventions pour favoriser l’arrivée de soins innovants en EHPAD : médiation animale, ateliers mémoire, chorale, etc. Le rapport d’activité ANESM (2017) indique que l’implication de l’écosystème local (associations d’aidants, bénévoles, professionnels libéraux) fait évoluer positivement la politique de soins de support.

Intégrer les soins de support comme une dimension essentielle de l’accompagnement en EHPAD reste un enjeu d’équité et de qualité. Les familles et les résidents disposent de droits qui méritent d’être mieux connus et revendiqués. Prenez le temps d’interroger votre établissement sur la présence d’un référent « soins de support », sur les partenariats associatifs possibles, sur la prise en charge financière exacte des ateliers proposés…

Mieux informer, mieux articuler les financements, soutenir les professionnels : autant de leviers pour garantir à chacun une vieillesse digne, apaisée, et soutenue.