Mieux comprendre la place des traitements curatifs et des soins de support en oncologie

16 juillet 2025

L’oncologie s’appuie sur deux grandes approches complémentaires : les traitements curatifs, d’une part, et les soins dits “de support”, d’autre part. Comprendre leurs spécificités, leur articulation, c’est déjà devenir acteur de son parcours de soins.

Le traitement curatif : cibler et éliminer la maladie

Le terme “curatif” désigne l’ensemble des moyens mis en œuvre pour supprimer le cancer ou empêcher sa progression. Ses modalités varient selon le type de tumeur, son stade, la santé globale du patient, et relèvent de l’individualisation des parcours. Les plus courants sont :

  • La chirurgie : retirer la tumeur ou une lésion suspecte. Selon l’Institut National du Cancer (INCa), environ 60 % des personnes atteintes de cancer subissent une intervention chirurgicale [INCa].
  • La radiothérapie : utiliser des rayonnements pour détruire les cellules cancéreuses localisées. Elle concerne près de 50 % des patients à un moment de leur parcours [INCa].
  • La chimiothérapie, l’immunothérapie et les traitements ciblés : agir sur l’ensemble du corps ou spécifiquement sur les cellules tumorales via des médicaments spécialisés.

L’objectif du traitement curatif est limpide : obtenir la disparition de la maladie, ou tout au moins en bloquer l’évolution, rallonger l’espérance de vie et, lorsque ce n’est plus possible, ralentir l’avancée du cancer.

Les soins de support : tout ce qui compte autour du traitement

Les soins de support regroupent les aides et accompagnements destinés à préserver ou restaurer la qualité de vie pendant et après les traitements du cancer. Cette notion est plus récente ; elle a émergé dans les années 2000, quand les acteurs de santé ont compris que vaincre le cancer ne suffisait pas : la manière dont la personne vit la maladie est tout aussi cruciale.

  • Soins de support somatiques : gestion de la douleur, de la fatigue, des nausées, des troubles digestifs, ou encore de complications comme la mucite.
  • Accompagnement psychologique : entretiens individuels, groupes de parole, ateliers d’expression.
  • Soutien diététique : conseils pour prévenir la dénutrition, ou pour adapter l’alimentation pendant les traitements.
  • Prise en charge sociale : informations sur les droits, démarches administratives, aides financières.
  • Soins socio-esthétiques : conseils pour l’image de soi, soins de la peau et des cheveux.
  • Activité physique adaptée : programmes individualisés réalisés par des professionnels formés.
  • Sophrologie, relaxation, art-thérapie : pour mieux vivre les émotions et l’anxiété.

Les soins de support font l’objet de recommandations nationales, leur intégration est désormais obligatoire dans tous les établissements autorisés à traiter des cancers depuis 2016 [Haute Autorité de Santé].

Agir sur la maladie vs agir sur la personne

Le traitement curatif s’adresse à la maladie : il vise l’éradication des cellules cancéreuses. Cette bataille ressemble parfois à une course contre la montre, où chaque décision est pesée pour maximiser les chances médicales.

Les soins de support, eux, s’adressent surtout à la personne. Ils cherchent à prévenir ou atténuer les répercussions des traitements : douleurs physiques, complications, fatigue profonde, isolement, perte d’autonomie ou d’estime de soi. Ils s’intéressent à la dimension globale de l’humain : corps, esprit, contexte social et familial.

L’un ne va pas sans l’autre : pourquoi leur alliance est centrale

  • Réduire les effets secondaires et améliorer la tolérance : par exemple, une prise en charge précoce de la douleur permettrait de diminuer de 30 % le risque d’abandon de traitement (source : Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs, SFAP).
  • Favoriser l’observance : un accompagnement nutritionnel adapté aide à maintenir la capacité du patient à suivre ses traitements sur le long terme.
  • Soutenir le moral et prévenir la détresse psychologique : environ 35 % des personnes soignées pour un cancer développent des troubles anxieux ou dépressifs (INCa), un accompagnement psychologique réduit grandement ce risque.
  • Rétablir ou préserver la qualité de vie : une étude menée par la Fédération nationale des Centres de Lutte contre le Cancer (Unicancer, 2020) montre que l’accès régulier à au moins un soin de support multiplie par deux les chances de reprendre une activité professionnelle un an après la fin des traitements.

Une approche globale, multidisciplinaire et personnalisée maximise donc non seulement la réussite médicale, mais aussi le bien-être à chaque étape.

Le parcours en établissement

Un cancer se traite rarement “seul” : la coordination entre oncologues, chirurgiens, infirmiers, diététiciens, psychologues… est organisée lors des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP). C’est lors de ces réunions que le plan de traitements curatifs est proposé.

Les soins de support, quant à eux, sont proposés à chaque étape, souvent via des unités dédiées, mais leur identification reste parfois inégale d’un établissement à un autre. Même si leur intégration est réglementaire, seulement environ 60 % des patients déclaraient en bénéficier en 2021 (Baromètre Cancer, Fondation ARC).

En ville et en dehors de l’hôpital

Hôpitaux de jour, maisons des patients, réseaux associatifs, dispositifs comme l’Assurance Maladie (programme d’accompagnement de retour à domicile) ou structures labellisées, multiplient les possibilités. Une question essentielle à se poser : “Ai-je connaissance de toutes les aides disponibles dans et hors de mon établissement ?” L’INCa recense ainsi près de 7000 initiatives locales en soins de support sur le territoire national (Annuaire Ressources Cancer).

Le rôle du patient dans son propre parcours

Un constat s’impose : les patients qui expriment leurs besoins et s’informent sur les dispositifs disponibles sont plus souvent orientés vers des soins de support adaptés. La parole du patient reste encore trop peu valorisée dans le système : or, faire part de sa fatigue, de sa peur, de ses difficultés mécaniques ou financières, fait progresser la pertinence de l’accompagnement offert.

Pour aider chacun à se repérer, l’existence d’un plan personnalisé de soins (PPS) est essentielle. Ce document, remis après la RCP, doit mentionner, outre la stratégie thérapeutique, les prises en charge parallèles envisagées. Prendre le temps de le relire ou de le demander, c’est poser la première pierre d’un accompagnement global.

  • “Se concentrer sur les traitements suffit, je verrai pour ‘le reste’ après” : c’est faux. La fatigue, la perte de poids, l’incapacité à gérer l’anxiété peuvent impacter la réussite des traitements et le parcours global.
  • “Les soins de support ne sont utiles qu’en phase palliative” : archi-faux. Ils sont prévus dès l’annonce du diagnostic, quel que soit le pronostic.
  • “Je dois passer par mon médecin pour tout” : la plupart des structures permettent un accès direct ou simplifié, même sans prescription pour de nombreux ateliers ou soutiens.
  • “Cela n’est réservé qu’aux grands hôpitaux” : non : des soins de support existent aussi en ville ; des associations proposent des ateliers financés, des dispositifs sont accessibles via la caisse primaire d’assurance maladie, les collectivités locales, ou les réseaux de santé.
  • Selon une étude du Lancet Oncology (2017), une prise en charge globale dès le début du parcours diminue de 20 % le recours aux hospitalisations non programmées.
  • L’implication active du patient dans ses soins de support est corrélée à une hausse de 40 % de la satisfaction par rapport à leur parcours thérapeutique (Baromètre Unicancer).
  • L’activité physique adaptée réduit de 30 % la probabilité de complications post-chirurgicales, selon la SFSP (Société Française de Santé Publique).

Les résultats convergent : l’intégration anticipée et continue des soins de support, aux côtés des traitements, a des effets sensibles sur la récupération, la capacité de réinsertion, la gestion des effets secondaires, et la perception de la maladie.

Dépasser l’image d’une verticale “traitement contre la maladie” et s’approprier la pluralité des ressources offertes, c’est dessiner un parcours plus humain, plus solide, où corps et esprit sont considérés comme un tout. Pour cela, quelques pistes :

  • Consulter l’annuaire national des soins de support auprès de l’INCa (ici).
  • Demander à recevoir ou à compléter son plan personnalisé de soins (PPS).
  • Échanger sans tabou avec l’équipe soignante sur l’impact du cancer au quotidien, au-delà des résultats médicaux purs.
  • Se tourner vers les associations spécialisées, parfois présentes dès l’hôpital ou en ville.

Traitement curatif et soins de support ne sont pas des alternatives, ni l’un après l’autre : ils sont faits pour avancer ensemble, et permettre de mieux traverser chaque étape, tant sur le plan physique que mental. Une synergie à saisir pleinement – parce que mieux vivre pendant la maladie, c’est aussi mieux guérir.