L’accompagnement global en EHPAD : qui sont les acteurs essentiels des soins de support ?

26 février 2026

Les soins de support rassemblent l’ensemble des interventions destinées à améliorer la qualité de vie des personnes malades, notamment lors d’un cancer, tout au long du parcours de soins (INCa). En EHPAD, ils visent non seulement le bien-être physique (gestion de la douleur, alimentation, mobilité…) mais aussi psychologique, social et relationnel. Plusieurs études montrent que l’intégration systématique des soins de support pourrait améliorer l’autonomie, limiter les aggravations et soutenir la socialisation des résidents (HAS).

Son rôle n’est pas de soigner le cancer mais d’assurer la cohérence du parcours de soins global. Présent dans chaque EHPAD, il :

  • Évalue l’état de santé général des résidents, anticipe les complications et coordonne les différentes interventions.
  • Met en œuvre le projet de soins individualisé, essentiel pour déclencher la démarche de soins de support.
  • Travaille en lien avec les médecins traitants, spécialistes extérieurs (oncologues, gériatres hospitaliers) et équipes mobiles.
  • Sensibilise et forme le personnel aux spécificités liées à la maladie cancéreuse et à ses conséquences (douleur, troubles nutritionnels, soins palliatifs).

On estime qu’en France, environ 85 % des EHPAD disposent d’un médecin coordonnateur, même si son temps de présence reste limité (en moyenne 0,5 ETP pour 100 lits selon la DREES, 2022).

Ce sont eux qui observent au quotidien l’évolution de l’état du résident, détectent les signaux faibles (douleur, trouble du comportement, perte d’appétit) et alertent dès que nécessaire. Leur proximité, la relation qu’ils tissent dans la durée, en font souvent les premiers relais des soins de support.

  • Infirmiers diplômés d’État : gestion de la douleur, accompagnement des effets indésirables des traitements, évaluation de la dénutrition, soutien psychologique de première intention… Ils sont un repère stable pour le résident comme pour ses proches.
  • Aides-soignants : accompagnent le résident dans la vie quotidienne, veillent à son hygiène, son confort, son alimentation. Leur rôle dans la prévention des escarres et leur soutien face à la perte d’autonomie est crucial.

Une enquête de la FHF (Fédération Hospitalière de France) note que plus de 60 % du temps passé auprès des résidents relève du soin « relationnel » plutôt que des soins techniques (FHF).

Perte de mobilité, risque de chute, fonte musculaire liée au cancer ou à la vieillesse… L’intervention de professionnels paramédicaux est essentielle, souvent sous-représentée en EHPAD :

  • Kiné : ils stimulent la mobilité, préviennent les décompensations, allègent la douleur chronique, participent à la prévention des escarres et à la lutte contre la sédentarité.
  • Ergothérapeute : il évalue les capacités fonctionnelles, adapte l’environnement, propose des aides techniques pour conserver au maximum l’autonomie. Son action se fait souvent en lien avec la famille.

Selon la DREES (DREES), seuls 25 % des EHPAD disposent d’un ergothérapeute interne. Pour les kinés, leur venue est généralement externe ou ponctuelle, via une prescription.

Le choc du cancer se double parfois du sentiment d’isolement, de la perte de repères, de l’angoisse liée au vieillissement et à la fin de vie. Le psychologue joue alors un rôle clé :

  • Entretiens individuels ou collectifs, écoute active, soutien en cas d’anxiété ou de dépression (plus d’1 résident sur 2 présente des symptômes anxieux selon la SFAP).
  • Conseil aux équipes pour repérer les situations de détresse, aider à l’annonce d’une mauvaise nouvelle ou à la gestion des comportements difficiles.
  • Accompagnement des familles, notamment lors des étapes complexes du parcours de soins ou des soins palliatifs.

D’après la HAS, un EHPAD sur deux dispose d’un psychologue salarié, le reste fait appel à des intervenants extérieurs ou à des consultations à la demande.

La dénutrition touche près de 40 % des résidents en EHPAD (SFNCM), accentuée par les traitements contre le cancer. La prise en charge implique :

  • Évaluation régulière de l’état nutritionnel et adaptation des menus en fonction des besoins et des éventuelles difficultés de mastication ou de déglutition.
  • Sensibilisation des équipes, travail en lien avec le cuisinier, la famille et, parfois, l’oncologue pour concilier plaisir et apports nutritionnels.
  • Propositions d’enrichissement alimentaire, tests de textures adaptées (mixe, haché) ou de petits plaisirs pour stimuler l’appétit.

Selon la SFNCM, seuls 15 % des EHPAD disposent d’un poste de diététicien à temps plein ; la majorité interviennent de façon ponctuelle ou en réseau.

Les soins de support ne se limitent pas aux aspects médicaux. Une main posée, un regard, un moment de beauté ou de création apportent apaisement et confiance en soi. En EHPAD, il y a :

  • Socio-esthéticienne : intervient sur l’image de soi (soin du visage, pose de vernis, massages, conseils pour contrer les effets secondaires des traitements). Elle favorise la détente et restaure l’estime.
  • Art-thérapeute : utilise les arts plastiques, la musique, l’écriture pour libérer la parole et les émotions, lutter contre la dépression et les troubles cognitifs.
  • Animateur : propose des temps de partage, jeux, sorties, ateliers mémoire ou bien-être. Leur rôle s’est renforcé avec la loi ASV (Adaptation de la Société au Vieillissement).

Leur présence reste variable selon les établissements, mais leur impact est souvent plébiscité par les familles et les résidents (CNAV).

Face à des situations complexes (douleur rebelle, symptômes difficiles à contrôler, souffrance psychique majeure), les équipes d’EHPAD s’appuient fréquemment sur des ressources extérieures :

  • Équipes mobiles de soins palliatifs : intervenant à la demande pour un avis, une évaluation, une co-construction de solutions. En France, 80 % des EHPAD sollicitent au moins une fois par an ce type d’équipe (SFAP).
  • Equipes de soins oncologiques de support : souvent hospitalières, elles proposent consultations de spécialistes (douleur, psycho-oncologue, diététicien, assistante sociale).
  • Intervenants associatifs : ateliers bien-être, groupes de parole, accompagnement spirituel… Ces dispositifs, souvent financés par les ARS, restent encore sous-utilisés.

Bien que présents dans moins d’un tiers des EHPAD en France (source : Ministère de la Santé), les assistants sociaux jouent un rôle déterminant dans :

  • L’accompagnement administratif : ouverture des droits, demande d’APA, aide au financement du reste à charge, recours à un tuteur.
  • L’écoute des proches souvent épuisés moralement et financièrement.
  • La liaison avec les partenaires extérieurs (hôpitaux, réseaux d’aide, associations).

La complexification des situations individuelles et la précarisation de certains résidents rendent leur présence de plus en plus nécessaire.

La diversité des acteurs montre que les soins de support en EHPAD ne reposent pas sur une seule main experte mais sur une chaîne de compétences, de regards et d’écoutes. Cette coordination, souvent invisible, conditionne la capacité de l’établissement à répondre de façon humaine et personnalisée à chaque histoire de vie fragile.

Sensibiliser familles et résidents à ces dispositifs, encourager un dialogue ouvert avec les équipes et valoriser chaque professionnel constituent des leviers essentiels pour améliorer l’accès à ces soins. Les associations de patients, les réseaux gérontologiques et les équipes mobiles jouent un rôle d’aiguillon pour renforcer l’interdisciplinarité, lutter contre l’isolement et permettre que, même en institution, une vie digne et riche de relations demeure possible.

Pour aller plus loin :