Accompagner le cancer en EHPAD : quels soins de support au service des résidents ?

14 mars 2026

L’incidence du cancer augmente nettement avec l’âge : près de 60% des nouveaux cas de cancers surviennent après 65 ans (Source : INCa, 2023). Nombre de patients vivent donc cette épreuve alors qu’ils résident en EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes). L’arrivée d’un diagnostic de cancer réorganise la vie de la personne âgée mais impacte aussi le quotidien des équipes de l’établissement et des proches.

Le cancer en EHPAD, c’est une réalité pour des milliers de résidents. Selon la Fédération Hospitalière de France, 15 à 20% des résidents d’EHPAD sont concernés par un antécédent ou une pathologie cancéreuse évolutive. Ces patients font face à des fragilités spécifiques : comorbidités, risque de dénutrition, dépendance fonctionnelle, isolement, troubles cognitifs. Les traitements, leur tolérance et leurs conséquences sont aussi bien différents de ceux observés chez les sujets plus jeunes.

Dans ce contexte, les soins de support prennent tout leur sens pour maintenir qualité de vie, autonomie et confort, mais encore faut-il savoir les identifier, et parfois… en demander la mise en place.

Les soins de support, selon l’Institut National du Cancer, englobent « l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades, parallèlement aux traitements oncologiques spécifiques, lorsqu’il y en a ». En EHPAD, la palette des soins de support se doit d’être adaptée : il s’agit de répondre aux besoins médicaux, psychologiques, sociaux mais aussi existentiels des personnes âgées.

  • Prévention et gestion des effets secondaires des traitements anticancéreux
  • Prise en charge de la douleur et du confort
  • Soutien nutritionnel et lutte contre la dénutrition
  • Accompagnement psychologique et social
  • Maintien de l’estime de soi et de la dignité
  • Soutien à l’autonomie fonctionnelle

Proposer des soins de support, c’est respecter le résident dans sa globalité, ses choix, ses capacités à participer à la décision et à ses soins, et l’accompagner jusqu’au bout de son parcours, quel qu’il soit.

1. La prise en charge de la douleur : un objectif majeur

La douleur chronique, cancéreuse ou non, concerne entre 40% et 70% des résidents d’EHPAD (Socitété Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs, 2021). Elle est fréquemment sous-estimée chez la personne âgée présentant des troubles cognitifs. Les soins de support s’articulent donc autour :

  • D’une évaluation régulière et adaptée (échelles comportementales chez les personnes non-verbales)
  • D’adaptations thérapeutiques : antalgiques, mises en place de morphine lorsque nécessaire
  • Mais aussi de méthodes non médicamenteuses  : massages, relaxation, mise en place d’un environnement rassurant

Certaines équipes font intervenir des spécialistes de la douleur à la demande (CLUD, réseaux douleurs, structures mobiles de soins palliatifs).

2. Le soutien psychologique et l’accompagnement psychique

L’anxiété, la dépression, les troubles du comportement sont fréquents après le diagnostic de cancer, plus encore chez les personnes âgées. Selon une étude de la Fondation Médéric Alzheimer, près de 25% des résidents avec cancer présentent des troubles dépressifs modérés à sévères.

  • Entretiens individuels avec psychologues salariés ou intervenants extérieurs (CMP, HAD…)
  • Groupes de parole adaptés à l’âge et à la cognition
  • Interventions de psychomotriciens ou d’ergothérapeutes pour travailler estime de soi, image corporelle
  • Formations des soignants à la parole réconfortante, l’écoute, la bientraitance

La mobilisation de ces soutiens repose souvent sur l’initiative des infirmiers coordonnateurs, en lien avec les familles et l’équipe médicale.

3. Le rôle central du soutien nutritionnel

En EHPAD, la dénutrition touche jusqu’à 55% des résidents atteints de cancer, selon la SFNEP (Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme). Les soins de support incluent :

  • Bilan nutritionnel régulier (poids, IMC, albuminémie)
  • Interventions du/ de la diététicien·ne : adaptation des textures, enrichissement
  • Accompagnement à la prise alimentaire, redonner l’appétence par l’environnement, la convivialité
  • Supplémentations orales, en cas de besoin, sur prescription

Dans certains établissements, des ateliers cuisine thérapeutique ou dégustations sont proposés pour stimuler les sens. Le respect des goûts et rituels alimentaires, même modifiés, fait aussi partie intégrante des soins de support.

4. L’activité physique adaptée à l’EHPAD

L’enjeu n’est plus la performance, mais le maintien de la mobilité, la prévention de la sarcopénie et des chutes, tout en luttant contre l’isolement. Pour les résidents atteints de cancer, un programme d’activité physique adaptée (APA) peut inclure :

  • Ateliers d’éveil corporel et de mobilité douce
  • Parcours de marche, ateliers équilibre
  • Interventions de kinésithérapeute ou d’éducateur APA diplômé

À noter : même à un stade avancé de la maladie, un accompagnement doux favorise l’autonomie résiduelle et améliore le moral.

5. Soins palliatifs et accompagnement en fin de vie

L’offre de soins de support en EHPAD s’articule étroitement avec les soins palliatifs : contrôle des symptômes, confort, maintien du lien social jusqu’au bout. 70% des décès liés au cancer surviennent en institution ou à domicile (DREES, 2021). Beaucoup d’EHPAD font appel à des équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) pour accompagner ces situations complexes.

  • Équipes mobiles pour évaluation, conseils et soutien
  • Soutien des proches et accompagnement du deuil
  • Rituels de fin de vie : soins socio-esthétiques, musique apaisante, présence continue du personnel

6. Les soins socio-esthétiques, la sophrologie et autres approches complémentaires

Ce volet, encore inégalement développé, gagne du terrain en EHPAD grâce à des partenariats ou des initiatives locales :

  • Soins de socio-esthétique : coiffure, manucure, massages de mains-visage, valorisation de l’apparence et de la dignité, en lien avec l’estime de soi face à la maladie (Source : CODES – Cosmetic Executive Women)
  • Sophrologie, relaxation guidée : gestion du stress et des angoisses liées au cancer, interventions ponctuelles ou régulières par des sophrologues
  • Méditation, ateliers d’expression artistique ou musicale pour soutenir le lien social et l’expression des émotions

Chaque EHPAD a son organisation propre, mais plusieurs acteurs contribuent à l’accès aux soins de support :

  • L’équipe soignante permanente (médecin coordonnateur, infirmier·e référent·e, aides-soignants)
  • Le médecin traitant du résident, interlocuteur-clé pour la coordination
  • Intervenants extérieurs : psychologue, kinésithérapeute, diététicien·ne, orthophoniste, équipe mobile de soins palliatifs, équipe douleur
  • Acteurs associatifs proposant ateliers ou accompagnements personnalisés (France Alzheimer, Ligue contre le cancer, associations locales)

La coordination de ces soins repose bien souvent sur un binôme médecin coordinateur – infirmier coordinateur, en lien avec le résident, sa famille et son médecin traitant.

L’accès effectif aux soins de support en EHPAD reste très variable d’un établissement à l’autre. Principales raisons :

  • Manque de personnels qualifiés ou d’intervenants “extérieurs” sur le territoire
  • Méconnaissance des dispositifs existants par les équipes et les familles
  • Réticences culturelles ou craintes (notamment autour des soins palliatifs ou des approches non-médicamenteuses)

Face à ces freins, des dispositifs nationaux et locaux existent, par exemple le programme PAERPA pour les parcours de santé des personnes âgées (ARS), ou le financement d’interventions extérieures via l’Assurance maladie ou les réseaux associatifs.

Quelques ressources utiles pour aller plus loin :

La mobilisation des soins de support transforme l’expérience vécue du cancer en EHPAD. Une étude publiée dans le Lancet Oncology (2022) montre que l’introduction d’une démarche structurée de soins de support en institution réduit de 30% la prévalence de la douleur sévère et améliore la satisfaction des familles. Plusieurs EHPAD pilotes témoignent d’une augmentation de la qualité de vie ressentie et d’un maintien de la relation sociale malgré la maladie (Source : Retraite Plus, INCa).

Si l’accès à tous ces soins n’est pas toujours aussi fluide que souhaité, les progrès sont constants : implication grandissante des équipes, ouverture des établissements vers des réseaux extérieurs, innovations en matière d’activité physique adaptée ou de soutien psychologique. Reste un enjeu crucial : l’information des familles, des professionnels, et la capacité à interpeller les équipes lorsque le besoin s’en fait sentir.

Finalement, en EHPAD, le cancer ne se résume jamais à une succession de traitements ou de gestes médicaux. Les soins de support apportent une dimension humaine, respectueuse et globale, pour que la vie – même fragilisée – continue d’être habitée, reconnue et mise en valeur jusqu’au bout.